Méditation mensuelle

La valise de la vie

Une valise, c’est parlant. Un peu comme un visage. Il y’ a celles qui ont beaucoup voyagé, que la route n’a pas ménagées : elles sont cabossées, portent des rayures comme des blessures. D’autres sont de véritables coffres-forts portables : fermées à double tour, blindées, elles ne laissent rien entrevoir. D’autres, en revanche, ont du mal à fermer : sur le point de craquer, elles permettent d’apercevoir quelque chose de leur trop-plein.
Les valises comme la vie, sont souvent lourdes à porter. Certaines personnes, au bord de l’épuisement, cherche désespérément du regard un porteur. Mais autour d’elles, tout va trop vite : nul ne leur prête attention.
Mais certains petits malins ont tout prévu : ils tirent leur valise comme sur un parcours de golf. On a l’impression qu’ils « surfent » sur les vagues de la vie : « La pesanteur, moi, connait pas ! » Alors on les envie : pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Mais que survienne le moindre obstacle, des marches d’escalier un peu élevées par exemple, et les voilà grimaçants, serrant les dents, essoufflés !
Notre monde moderne nous offre d’autres moyens astucieux pour nous soulager de ces pesants fardeaux : de petites boîtes fermées à clé, ou par un code confidentiel, nommées « consigne ». C’est pratique, pas cher, et cela peut porter gros ! On y dépose sa valise, et hop ! les deux mains dans les poches, on peut faire la fête en oubliant ses bagages encombrants. Mais comme Cendrillon, il faudra rentrer à temps, car la consigne a ses limites, au-delà desquelles elle s’ouvrira sur la réalité pesante de notre fardeau. Nous nous rendons compte alors que c’est toute notre vie qu’il nous faudra le porter.
Qu’elle soit blindée ou entrebâillée, cette valise de notre vie, Dieu la voit bien. Il en connait chacune des parties, et le poids qu’elle constitue pour nous. Il est même prêt à la porter avec nous, voire la prendre à notre place. Mais bien souvent, nous ne le voulons pas. Nous avons honte du désordre qui se trouve dans notre valise. Un peu comme lorsqu’elle passe au rayon X.
Mais pourtant celui qui voit tout, n’est pas là pour juger du désordre qui s’y trouve. Notre divin « porteur » veut se charger lui-même de remettre les choses en place, de nous débarrasser des poids superflus, et d’y ajouter les éléments indispensables pour notre route : amour pardon, partage, vie nouvelle.
« Et vous, qu’avez-vous dans vos bagages ? » Sans m’en rendre compte, j’allais franchir le poste de douane sans m’arrêter…

Nordine Salmi

Dernière mise à jour 10-02-2019

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